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(#) she wore a smile like a loaded gun. { Dim 8 Juil - 14:20 }

she wore a smile like a load gunavec @reva phillips

C’est l’une de ces nuits moribondes, où les rumeurs de la fête cèdent laborieusement aux prémices du jour. Saul remâche sa fatigue, lourdée sur ses épaules, piquante sous les paupières. C’est la fin de la semaine – dimanche, pour les travailleurs de la nuit. Demain, les gens ordinaires retourneront au boulot et, lui, il restera vautré dans ses draps sales d’au moins trois mois. Une bonne tranche de sommeil ne figure pas encore au menu, surtout qu’il a pris l’habitude d’aller vider un verre ou deux dans l’un de ces bars qui ouvrent dès le petit jour (et tant pis s’il descend un galon de bière ambrée au milieu des cafés serrés). C’est en quelques sortes son after-work, l'enclave où déverser sa lassitude d’un métier peu reluisant, mieux payé que gratifiant et cerné par de petits enfoirés bourrés d’orgueil, de thune et d’éthanol.

Quand Saul y songe avec sincérité, ça ne ressemble guère à la vie brouillonnée qu’il se voulait. Heureusement, il y a quelques compensations : il a toute latitude pour malmener les teignes qui figurent sur sa liste. Il lui arrive même de griffonner quelques noms de son propre cru.

Lorsqu’il finit de traîner une jeune idiote, totalement ivre, sur la banquette arrière d’un chauffeur privé et qu’il referme la porte sur son minois hagard et pourtant curieusement enthousiaste, quelques injures affleurent à sa bouche. Il gratte à la vitre du conducteur. Le bougre a cet air désabusé des employés dociles mais coutumiers. La princesse cuve les infidélités de ses parents, le milliard de chances supplémentaires qu’elle a sur la moitié du monde et autant de privilèges qu’elle n’a guère appris à reconnaître. Les deux hommes échangent quelques mots, se souhaitent la bonne nuit, et le videur du Time reflue d’un pas tranquille vers l’entrée. Saul ne travaille pas toujours seul mais, ce soir, c'est le cas. Ça allonge considérablement les heures. Pas qu’il soit très bavard. Néanmoins, une compagnie, quoi que silencieuse, a quelque chose de réconfortant. On se sent plus adéquat et plus tranquille, parce que même les sales bêtes doivent se sentir de l’instinct de meute ; même Saul et la cigarette qui lui monte à la bouche.

Il l’aperçoit entre les volutes. Plus tôt dans la soirée, ils se sont croisés alors qu’elle entrait mais ils ont fait semblant de rien. À vrai dire, ils ne se connaissent pas, pas à proprement parler. Si une familiarité très discutable s’est installée, c’est d’abord de sa faute à lui. En dehors d’un certain protocole avec la clientèle, Saul ne s’oblige à aucune courtoisie avec les mômes du gotha de Newport Beach. Il n’est pas là pour leur rendre le moment agréable. Il n’est que le portier du paradis. C’est tombé sur elle comme ç’aurait pu sur d’autres. À tout le moins, c’est ce qu’il aime à penser. Car Reva Phillips n’a rien d’extraordinaire. Elle est semblable à tous ces gosses de, mêmement agaçante, mêmement prétentieuse. Ou l’était. Il pourrait faire semblant d’ignorer son revers de fortune au hasard d’une naissance pas si droite qu’elle l’a toujours cru ; s’il en est conscient, c’est que toute la ville le sait aussi. Au contraire, Saul est de moins en moins foutu de la maltraiter, comme s’il reniflait quelqu’un qui lui ressemble un peu plus, ou qui tend à s’en rapprocher. « T’en veux une ? » Il s’est mis à la tutoyer avec beaucoup d’aplomb et de naturel. Pourquoi pas ? Elle ne vaut pas mieux que lui et il est capable de respect sans les formules ineptes qui y sont assorties. Le paquet est tiré de la poche, entrouvert. Le filtre d’une cigarette pointe un demi pouce au-dessus des autres. Un rictus s’efforce de tailler dans la pulpe des lèvres. C’est plutôt vilain à reluquer. « J’te promets qu’elle est gratuite. »
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(#) Re: she wore a smile like a loaded gun. { Mar 10 Juil - 0:55 }

she wore a smile like a load gunavec @saul niggels

Elle danse jusqu’à ce que ses jambes ne puissent plus la porter. Elle tourne, se déhanche au rythme des basses trop puissantes, colle sa peau contre celle d’hommes aux mains baladeuses. S’efface quand on l’invite à boire à verre, disparaît tout à fait quand elle est trop entourée. Elle veut vivre, Reva. Sans arrière-pensées et sans prise de tête. Ces nuits agitées ne sont belles que parce qu’elles ne l’engagent à rien. Elle aligne les verres et les pourboires généreux, distribue les sourires comme si elle était la plus heureuse des créatures. L’illusion peut sembler parfaite, mais elle ne dupe personne. La rumeur a enflé trop vite, s’est échappée jusqu’aux plus petites parcelles de la ville : Reva Phillips est désavouée. Privée de l’argent paternel pour une raison qui demeure floue aux yeux de la plupart. On devine les raisons, on approuve parfois même le paternel lassé des excès de l’enfant du milieu. Il n’y a que les mieux informés pour fournir une explication véritable, se frottant les mains devant l’infortune des Phillips. Reva est la gamine d’un autre. L’injure totale lavée sous le sceau de l’éviction, la trentenaire lâchée au milieu des requins.

Elle nage en eaux troubles mais n’en laisse rien paraître. Ce sourire qui s’estompe à peine quand elle pense qu’on ne la regarde plus. Reva ne veut pas penser à demain, car elle sait ô combien il lui sera cruel. Alors elle danse, à défaut d’autre chose. Elle dilapide l’argent qui lui reste, pour sauver les apparences et ne pas sombrer totalement. Pas encore, pas tant qu’elle peut maintenir l’illusion, juste un peu. Ce club et cette musique assourdissante sont comme une bouée de sauvetage, un ultime pilier auquel se raccrocher.  Il y a des regards qu’elle supporte mieux que d’autres. Les amis d’hier qui se font distants, les pimbêches de toujours qui rient à chaque fois que les yeux se posent sur sa frêle silhouette. Ces regards là lui rappellent qu’elle n’est plus rien. Alors quand elle distingue deux harpies la montrer du doigt, elle devine sans peine la teneur des propos. C’est comme un coup de poignard, un réveil un peu trop soudain. Ses emmerdes lui reviennent en pleine tête. Soirée terminée, rien ne pourra plus les chasser. Elle veut se barrer, Reva. Retrouver son lit, les draps de soie cédés par Benjamin, le calme d’une chambre qui n’est même pas à elle.

Ce refuge n’en est pas vraiment un, lui non plus. Bien trop beau, bien trop cher pour sa bourse, à présent. Mais c’est sa seule solution de replie. Elle marche comme si elle était poursuivie. C’est un peu vrai, quelque part. Un poids posé sur sa poitrine empêche l’air d’emplir totalement ses poumons. L’angoisse ne descend que lorsqu’elle porte un pied sur le trottoir, laissant la musique résonner dans un bruit étouffé derrière les portes capitonnées.
Elle sursaute quand une voix l’interpelle. Elle se pensait seule avec elle-même, comme un peu trop souvent ces temps-ci. Le visage est familier, mais l’incompréhension demeure. Le tutoiement lui fait arquer un sourcil, juste un quart de seconde. Elle ne s’en formalise pas, déjà surprise que l’homme sache faire autre chose que grogner. De la poche de son perfecto noir, elle tire une cigarette électronique qu’elle secoue doucement devant lui. “J’ai ce qu’il faut, merci.” Ca ne vaut pas le tabac, qui lui manque un peu, d’ailleurs. L’odeur de la violette qu’elle recrache autour d’elle n’aura jamais la puissance apaisante de la nicotine. Elle sourit à l’offre généreuse, et dans une volute de fumée parfumée, s’efforce de ne pas y céder. “Un seul vice à la fois” admet-elle. Elle a les yeux qui pétillent, l’alcool qui coule dans les veines et la satisfaction de ne pas avoir le permis pour ne pas avoir à choisir entre boire ou conduire. Reva s’adosse contre le mur du club, davantage décidée à être sociable avec son vigile qu’avec n’importe qui à l’intérieur. Entre Saul et elle, c’est pourtant une bataille rangée depuis quelques années. Des pics qu’elle n’a jamais cherché. Aucune méchanceté de sa part, juste l’envie de préserver un peu l’orgueil qu’il met si facilement à mal. Elle se doute que s’il baisse les armes, c’est un peu par pitié. Parce qu’il sait : tout le monde sait. “Tu sais pas où se trouve la station de bus, par hasard ?” Elle avance la question à tâtons, un peu penaude, mais trop douée dans son art pour le laisser voir l’hésitation. Comme s'il n'était pas en mesure de lire entre les lignes... Elle n’a jamais eu à se poser ces questions, Reva. Bus, trains, autostop, ont supplanté les chauffeurs et les avions privés. Une nouvelle vie à appréhender, des habitudes à conquérir. Et beaucoup d’incertitudes en attendant. Pour rattraper un peu l’image écornée d’une Phillips sous un abribus, elle ajoute un peu vite : “J’ai oublié ma carte bleue.”
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